Siguiri:une ville de culture reléguée dans l’ombre de ses mines.Ahmed Koumoun Camara met l’accent sur la tradition qui s’efface.

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Longtemps célébrée comme l’un des principaux poumons aurifères du pays, Siguiri est aujourd’hui presque exclusivement associée à l’or. Excavatrices, orpaillage artisanal, multinationales minières… L’actualité de cette préfecture du nord-est guinéen semble condamnée à ne tourner qu’autour du métal précieux. Pourtant, derrière l’éclat de l’industrie extractive, une autre richesse s’étiole en silence : celle de la culture mandingue, dont Siguiri constitue l’un des berceaux historiques.

Un patrimoine mandingue éclipsé par l’or

Carrefour ancien des caravanes sahéliennes, terre des griots, foyer d’arts ancestraux, Siguiri a longtemps été un haut lieu de musique traditionnelle, de contes, de danses rituelles, d’artisanat et de transmission orale.
Mais aujourd’hui, ce trésor immatériel peine à survivre.

« On parle de Siguiri seulement quand il s’agit de l’or. Jamais de la culture qui fait notre identité », regrette un professeur d’histoire locale.
Les festivals se raréfient, les lieux de mémoire se dégradent, et la vie culturelle disparaît peu à peu derrière le vacarme des machines.

Minier d’abord, culturel ensuite : des budgets absents

Depuis l’arrivée massive des compagnies minières et l’explosion de l’orpaillage artisanal, la préfecture vit au rythme des chantiers d’extraction. Les infrastructures culturelles – centres d’art, bibliothèques, espaces de formation – sont insuffisantes ou laissées à l’abandon. Plusieurs projets annoncés n’ont jamais été réalisés, faute de moyens ou de volonté politique.

« Ici, si un projet n’est pas lié à la mine, il n’est pas prioritaire », déplore un responsable associatif.
Pendant ce temps, les villages historiques s’érodent et certaines pratiques ancestrales disparaissent du quotidien des communautés.

Une jeunesse attirée par l’or, mais en perte de repères

L’attrait économique des mines attire une grande partie de la jeunesse. Certains abandonnent leurs études, d’autres délaissent les métiers artistiques ou artisanaux familiaux pour rejoindre les sites d’orpaillage.
Un glissement aux conséquences profondes sur la transmission intergénérationnelle.

« Comment former la jeunesse à la kora si elle passe ses journées dans les carrières ? », s’interroge, non sans amertume, un griot âgé.

Des initiatives encore trop fragiles

Face à cette érosion culturelle, quelques initiatives tentent de résister : veillées traditionnelles, formations en musique mandingue, expositions artisanales, spectacles improvisés, projets artistiques portés par de jeunes talents locaux…
Mais ces efforts restent isolés, sans soutien institutionnel durable. Leur survie dépend souvent du bénévolat et de la passion de quelques acteurs culturels.

Redonner à Siguiri son identité profonde

L’enjeu dépasse la simple préservation patrimoniale. Il touche à l’âme même de la ville : son équilibre social, sa cohésion communautaire, sa mémoire collective.
Siguiri n’est pas qu’une terre d’extraction. C’est une ville forgée par une histoire millénaire et des savoir-faire uniques.

« Si l’or finit, que restera-t-il ? Notre culture. Mais encore faut-il qu’on la protège avant qu’elle ne disparaisse », avertit un enseignant.

La question demeure, urgente : quand Siguiri réussira-t-elle enfin à accorder autant de valeur à sa richesse culturelle qu’à sa richesse minière ?

Ahmed Koumoun Camara.

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