Depuis plusieurs semaines, la préfecture de Siguiri vit au rythme d’une crise de carburant dont personne ne semble maîtriser l’évolution. Les files interminables de motos et de véhicules devant les rares stations approvisionnées témoignent de l’ampleur d’un malaise devenu chronique. Pendant que les populations suffoquent sous la pression d’un litre d’essence vendu parfois à un prix fantaisiste sur le marché noir, les interrogations se multiplient : comment une telle situation a-t-elle pu durer autant ? Et surtout, que fait l’autorité préfectorale ?
Il serait trop simple d’imputer la pénurie uniquement à la conjoncture nationale ou internationale. Siguiri n’en est pas à sa première crise de carburant, mais rarement la tension aura semblé aussi prolongée et aussi mal gérée. Dans un contexte où la région est traversée par une activité minière intense, où les besoins en carburant sont structurellement élevés, l’absence de mesures rapides, fermes et transparentes laisse un goût amer.
La responsabilité des autorités : défaillance ou renoncement ?
Une question taraude les esprits : l’autorité préfectorale a-t-elle perdu la main, ou a-t-elle simplement détourné le regard ?
La faiblesse pourrait expliquer le manque d’anticipation, l’absence de contrôle strict sur les stations, et la difficulté à réguler un marché largement infiltré par les revendeurs informels. Siguiri est une préfecture complexe, c’est un fait. Mais la complexité ne peut pas éternellement servir de refuge à l’impuissance administrative.
La complicité, quant à elle, est une rumeur insistante, dangereuse, mais révélatrice d’un climat général de méfiance. Lorsque le prix officiel est ignoré, que certains acteurs semblent approvisionnés sans difficulté pendant que la population se débat dans la pénurie, les soupçons prospèrent naturellement. Même sans preuve, leur simple existence est déjà un échec pour l’autorité, car elle traduit un déficit de communication, de transparence et de fermeté.
Les populations face à l’incertitude.

Pendant ce temps, ce sont les citoyens qui paient le prix fort : transport renchéri, activités paralysées, revenus qui stagnent ou s’effondrent. La grogne monte, et avec elle l’impression d’un abandon progressif. Dans une région où l’économie dépend fortement de la mobilité et de l’énergie, le carburant n’est pas un simple produit : c’est un moteur vital.
Il faut une réponse claire, rapide et publique
À ce stade, une seule attitude aurait du sens : la clarté.
Un audit local du circuit d’approvisionnement, une communication régulière, des sanctions éventuelles et une coordination avec les acteurs économiques permettraient au moins de montrer que la préfecture tient encore le gouvernail.
Car le pire, dans cette crise, n’est pas seulement la pénurie : c’est le sentiment que personne ne la pilote vraiment.
Conclusion : reprendre le contrôle ou perdre la confiance

Siguiri mérite mieux que des rumeurs, mieux que des queues interminables, mieux que l’opacité.
La crise du carburant est un test pour l’autorité préfectorale : elle peut y démontrer sa capacité à agir ou laisser croire, faute de réaction, qu’elle a renoncé à son rôle.
Le choix lui appartient encore. Mais le temps, lui, est en train de s’épuiser.
Moussa Gberedou Condé Journaliste Écrivain (+224)622 478 601


